Nouvel Observateur: Refonder l’Ecole de la République
May 2nd, 2009
Samedi 28 mars, 700 invités du Nouvel Observateur ont assisté à un colloque organisé à Paris, sous l’autorité de Jacques Julliard, sur le thème “Refonder l’Ecole de la République”. Les textes ci après relatent les principales interventions faites à l’occasion de ce colloque. Certains de ces textes ont été fournis par les intervenants. Les autres sont des résumés réalisés par le Nouvel Observateur sous la responsabilité de Caroline Brizard et Patrick Fauconnier, du service Education.
Les textes sont présentées dans l’ordre des interventions : Denis Olivennes, Jacques Julliard, Antoine Prost, Marie Duru Bellat, François Dubet, Richard Descoings, Jack Lang, Marcel Gauchet, Patrick Fauconnier, Jean Pierre Boisivon, Dominique Schnitzler, Axel Kahn
Marie Duru Bellat
Si l’une des missions le l’école est d’intégrer dans la vie active, cela soulève la question de ce qu’on appelle le rendement des études. Avec des paradoxes possibles : l’université gratuite, c’est une prime à ceux qui parviennent à Bac+5, en général les plus favorisés. La gratuité consiste alors à favoriser les futurs traders !
Le marché du travail est un marché, qu’on le veuille ou non.
En 1980 on formait 15 % de cadres. Aujourd’hui 40 % des jeunes sortent du Supérieur avec ce niveau, mais sur le marché il n’y a que 18 % de cadres.
Paradoxe du déclassement, qui suggère qu’on a trop formé… Les B+4 qui échouent au CAPES se retrouvent simples employés. Il ya une course à la poursuite d’études au nom du “se former plus pour gagner plus .» Poussé à l’extrème chez nous en raison d’une méconnaissance du marché du travail. C’est une course au nom de la seule utilité des études. Mais elle conduit au risque de se désocialiser pour raison de déclassement. Au risque de la forte frustration, impression de promesse non tenue.
Faut-il absolument corréler études et niveau de la société ? Les USA affichent un record en matière de crimes. Pourtant ils ont un très bon enseignement supérieur.
Mes travaux avec F Dubet montrent qu’il n’est pas prouvé que accroître le niveau d’études accroît la cohésion sociale. Ces travaux montrent que trop de compétition au sein de l’école est un facteur négatif au plan de social.
Si c’est l’égalité qu’on veut privilègier dans les missions de l’école, alors il faut travailler sur le Primaire. Si c’est l’innovation et la recherche, alors c’est sur le Supérieur. Si c’est l’insertion, ne jetons pas la pierre à l’école : le monde professionnel doit s’impliquer plus.
Donc proposer “toujours plus d’éducation” n’est pas une réponse unique possible à des missions qui sont différentes.
Axel Kahn Biologiste, Président de l’université de Paris V René Descartes
Il revenait à Axel Kahn de conclure ce colloque. Voici une synthèse de son exposé, réalisé sous la responsabilité du Nouvel Observateur
Qu’est-ce qui conditionne la transmission des savoirs ? La science démontre que la première phase de l’acte d’apprendre, chez l’homme, est une phase d’imitation. De tous les mammifères, Homo Sapiens est de loin le meilleur imitateur, le comportement des petits enfants le prouve.
Ensuite il y a le rôle de l’émotion. La profondeur d’une notion apprise dépend beaucoup du contexte dans lequel elle a été apprise. L’émotion crée une imprégnation dans le cerveau : c’est la fameuse madeleine de Proust ! Il y a donc un jeu de va et vient entre rationnel et non rationnel dans l’acquisition de savoirs. La raison n’existe pas sans les passions : elles sont les conditions l’une de l’autre. C’est un peu ce qu’on appelle le charisme.
Je distingue quatre missions pour l’Ecole
1/ Procurer le bagage culturel permettant de s’insérer dans la société.
2/ Donner du sens au chaos du réel. L’humain est un animal de vérité : ce qui n’a pas de sens le terrifie
3/ Préparer à l’exercice d’une profession
4/ Former un citoyen, c’est-à-dire permettre d’avoir le jugement qui procure le libre arbitre.
L’éducation joue un rôle majeur pour ce qui n’est pas inné. Il s’avère que la capacité à conférer une valeur aux choses et aux êtres n’est pas quelque chose d’inné. Apprendre à douter et à donner une finalité aux choses fait partie des missions de l’école. De même, le goût de la liberté n’est pas inné. Le fait que nous soyons d’excellents imitateurs induit le risque de soumission aveugle aux virus de l’idéologie, de la croyance, de la parole unique . Induisant les phénomènes de meute, ou le fascisme. On assiste à un ré-ensauvagement du monde, dans lequel la valeur de l’autre se limite à sa place dans la meute, à ses intérêts.
Le libre arbitre, seule l’école et l’éducation peuvent l’apporter : l’instruction seule n’y suffit pas. Les seuls savoirs ne font pas les valeurs . Les terroristes du 11 Septembre avaient de très bonnes formations !
Voir plus: Nouvel Observateur.
Gheorghe Vanau
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